Par Déborah Coutinho
Les menstruations au Canada comportent un prix élevé et caché qui va bien au-delà du coût des serviettes et des tampons. C'est un cycle mensuel défini par des coûts importants tels que la pression financière, les douleurs et la stigmatisation.
Un-e Canadien-ne sur quatre estime que les règles sont sales et impures, tandis que 22 % croient que les menstruations ne devraient pas être divulguées publiquement et que les produits menstruels devraient être cachés. C'est ce qu'a révélé une enquête d'opinion publique menée par Environics Research pour le compte de Femmes et Égalité des genres Canada (FEGC) en 2023.
Si environ 25 % de notre population partage ces croyances, il n'est pas difficile d'imaginer pourquoi l'un des processus les plus naturels de la vie des personnes menstruées continue d'être un tabou. En plus de faire face aux préjugés et à la douleur physique des muscles utérins qui se contractent pour expulser la muqueuse chaque mois, 17 % des personnes menstruées au Canada souffrent également de la précarité menstruelle.Ce chiffre grimpe à 25 % dans les ménages à faible revenu, selon l'étude « Au-delà de la serviette : le vrai prix de la précarité menstruelle au Canada » study.
En 2023, environ une personne menstruée sur cinq au Canada a déclaré craindre de ne pas pouvoir se permettre d'acheter des produits menstruels au cours de l'année suivante. La même étude montre que les règles peuvent être très coûteuses. Au cours d'une vie, une personne menstruée pourrait dépenser jusqu'à 6 000 $ uniquement en produits menstruelssans compter les médicaments contre la douleur, les nouveaux sous-vêtements ou tout autre extra.
Ce n'est pas pareil partout et pour tous les groupes
La précarité menstruelle n'affecte pas les Canadien-nes de la même manière dans chaque province et territoire. Un rapport de 2024 du National Union of Public and General Employees (NUPGE) révèle un scénario alarmant pour les communautés rurales ou autochtones : elles peuvent payer le double du prix pour les mêmes produits qu'on trouve dans les grandes villes comme Toronto. Selon le rapport, une seule boîte de tampons peut coûter entre 16 $ et 45 $ dans les réserves autochtones rurales. À titre d'exemple, le rapport compare les prix de 2018 d'une boîte de tampons ou de serviettes entre le Nunavut (15 $ à 18 $ la boîte) et Vancouver (3 $ à 11 $ la boîte).
Outre le coût prohibitif, les communautés des régions éloignées sont souvent privées d'accès aux produits menstruels lorsque les cargaisons n'arrivent pas.Le rapport du NUPGE sur la précarité menstruelle au Canada indique également que les produits réutilisables ne sont pas la solution pour certaines communautés, même s'ils réduisent les coûts mensuels récurrents. Ils ne sont pas toujours disponibles, l'investissement initial est plus élevé et, pour les personnes en situation d'itinérance, il est extrêmement difficile de trouver un endroit sûr et intime pour nettoyer ces produits.
Un autre aspect mentionné dans le même rapport est que certains groupes de femmes et de personnes de diverses identités de genre sont plus susceptibles de vivre la précarité menstruelle. Ces groupes incluent les femmes noires, autochtones, racisées (BIPOC), les femmes vivant avec un handicap, les immigrantes ou réfugiées, et les personnes LGBTQI2S. En d'autres termes, elles sont plus susceptibles de vivre des situations financières précaires, d'avoir des revenus plus faibles et/ou des emplois précaires, ce qui peut également entraîner un accès peu fiable aux produits menstruels au Canada.
Les règles en chiffres
D'accord, donc la précarité menstruelle est malheureusement une réalité au Canada et dans de nombreux autres pays du monde. Mais qu'en est-il des chiffres réels qui impactent la vie d'environ 20 millions de personnes menstruées dans ce pays ?
Parlons chiffres !
Selon Ecoflo, en moyenne, une personne avec un utérus menstruera pendant environ 38 ans de sa vie, généralement de 12 à 50 ans. En supposant que les règles durent environ 5 jours et que les personnes menstruées utilisent 4 à 5 serviettes par jour, cela donne une moyenne de 20 à 25 serviettes par cycle. Sur une année (12 cycles), cela représente environ 300 serviettes. Au cours d'une vie (38 ans de cycles menstruels), on parle de 11 400 serviettes par personne. Ce chiffre écrasant symbolise un impact énorme sur l'environnement et le portefeuille.
Comme nous l'avons déjà évoqué, les prix des serviettes et des tampons varient considérablement d'une province à l'autre, d'un territoire à l'autre, entre les centres urbains et les zones rurales éloignées. Cela s'applique également aux produits menstruels réutilisables achetés dans les magasins locaux. En ligne, cependant, les prix semblent être plus uniformes à travers le pays (avec des frais de livraison potentiellement différents en dessous de 50 $). En moyenne, les prix des coupes menstruelles, des disques ou des culottes menstruelles sont de 35 $ chacun (plus taxes) dans l'une des marques canadiennes de produits menstruels les plus connues.
D'accord, alors comment minimiser les impacts ?
Bien que les produits menstruels réutilisables soient un excellent choix écologique, le coût initial plus élevé et le manque de disponibilité peuvent constituer des obstacles importants. Les centres communautaires, les ONG, Banques alimentaires Canada et les écoles offrent souvent des produits menstruels gratuits pour s'assurer que tout le monde ait accès aux fournitures dont il a besoin.
Pour ceux et celles qui ont besoin de produits menstruels gratuits, le site web Period Pin website propose une carte interactive pour trouver le point de distribution le plus proche dans leur province ou territoire.
Voici également une liste non exhaustive de ressources à travers le pays qui peuvent vous aider :
Au niveau national
- Moon Time Connections – True North Aid (groupe dirigé par des Autochtones)
- The Period Purse
- Help A Girl Out (HAGO)
- Banques alimentaires Canada
Niveau provincial et territorial
Alberta: (AB)
Colombie-Britannique : (BC)
- United Way British Columbia
- Health Sciences Association (HSA) – Stomp Out Period Poverty
- Pacific Immigrant Resources Society
Manitoba: (MB)
Nouveau-Brunswick : (NB)
Terre-Neuve-et-Labrador : (NL)
Nouvelle-Écosse : (NS)
Ontario: (ON)
- Bleed the North
- United Way Niagara
- United Hastings & Prince Edward
- United Way/Centraide of Stormont, Dundas & Glengarry
- St Vincent Place
Île-du-Prince-Édouard : (PEI)
- PEI Advisory Council on the Status of Women (PEIACSW)
- No Questions Asked Period
- Aboriginal Women’s Association of PEI (AWAPEI)
Québec : (QC)
Saskatchewan: (SK)
Territoires
Territoires du Nord-Ouest : (TNO)
Nunavut: (NU)
Yukon: (YT)
Cet article a été écrit par Déborah Coutinho, dans le cadre du groupe d'écriture La Plume Rouge créé par Dignité Mensuelle.