Suite au succès de notre première “Soirée Ciné” autour de la ménopause, l'envie de continuer à porter la parole sur des sujets trop souvent ignorés s'est imposée naturellement. C'est dans cet élan qu'avait lieu, le mardi 3 mars au Cinéma Moderne, la projection de The (M) Factor 2: Before the Pause | Perimenopause (Un film de Women in the Room Productions et Take Flight Productions). Comme lors de la première édition, le film a été suivi d'un panel où se sont entremêlés témoignages personnels et éclairages professionnels, pour des échanges aussi riches qu'inspirants.
Pourquoi la périménopause?
L'an dernier, notre soirée sur la ménopause nous a montré quelque chose d'important : quand on crée un espace pour parler de santé reproductive, les gens se présentent, et ils ont beaucoup à dire. Les retours étaient éloquents : un besoin réel d'information, de reconnaissance, et surtout d'être enfin écouté·es sur des expériences trop souvent minimisées ou ignorées.
La périménopause, c'est l'étape d'avant — celle dont on parle encore moins. Pourtant, elle peut s'étirer sur des années et tout chambouler : le sommeil, le travail, les relations, l'image de soi. Le savoir sur cette transition existe, mais il nous est rarement transmis. On ne nous laisse pas toujours la parole sur ce qu'on vit, et les espaces pour en parler librement sont encore trop rares. Ce film, et la soirée qui l'entourait, c'était notre façon de remédier à cela, d'ouvrir un moment d'échange, de partage, et de reconnaissance collective.
The (M) Factor 2: Before the Pause | Perimenopause organisée par Dignité Mensuelle est le deuxième volet d'un documentaire éducatif produit par Women in the Room Productions et Take Flight Productions, signé Denise Pines, Joe Lamarka Masseson et Tamsen Fadal, The (M) Factor, dont le premier opus a rejoint plus de 50 pays depuis 2024. Le film couvre beaucoup de terrain : le brouillard cognitif, l'anxiété, les bouffées de chaleur, les troubles du sommeil, les impacts sur la santé mentale. Il aborde aussi les traitements hormonaux, la santé cardiovasculaire et osseuse, et, détail rare et précieux, donne la parole à des hommes sur l'expérience d'accompagner un·e partenaire dans cette transition.
Pour plusieurs dans la salle, c'était la première fois que leurs expériences trouvaient un écho à l'écran. Et quand le générique a défilé, personne ne semblait pressé de partir.
Le panel
Pour enrichir la soirée, nous avons souhaité accompagner la projection d’un panel de discussion, mais surtout, avec un point de vue professionnel et également personnel. Pour nous, pour le public, il était important d’offrir des panélistes ayant vécu ou étant toujours en train de vivre la périménopause, afin de partager leur expérience, leur peur, leurs émotions autour de ce sujet. Le panel qui a suivi réunissait donc :
Coach certifiée | Consultante en performance | Artiste multidisciplinaire
Kelly est une coach certifiée, consultante en performance et artiste multidisciplinaire qui a passé des années à naviguer dans les méandres complexes de la douleur chronique. Après des années de règles douloureuses, une échographie a révélé une tumeur potentiellement cancéreuse. Kelly a appris qu'elle souffrait d'endométriose et est devenue, à contrecœur, une experte dans la navigation d'un système médical qui semble souvent plus soucieux de préserver la fertilité que d'assurer la qualité de vie des femmes. Il est devenu nécessaire pour elle de se défendre elle-même. Après deux opérations chirurgicales, elle est aujourd'hui là pour lutter contre les préjugés, partager les leçons qu'elle a apprises et aider les autres à exiger le soutien complet qu'elles méritent, quelle que soit leur situation dans leur parcours menstruel.
Étudiante en doctorat en médecine (MDCM), Université McGill | Infirmière clinicienne | Cofondatrice de Havre Bene
Infirmière clinicienne de formation, Christleen cumule plus de cinq ans d'expérience en milieu clinique, à l'urgence et en médecine familiale, et poursuit aujourd'hui un doctorat en médecine à McGill. Engagée dans la promotion de la santé des femmes, elle a été panéliste en santé sexuelle et a occupé le poste de vice-présidente aux événements pour le Symposium sur la santé de la femme (IFMSA). Elle s'intéresse particulièrement au parcours hormonal féminin, incluant la périménopause, avec une approche centrée sur l'écoute, l'équité et l'autonomisation. Elle est également cofondatrice de Havre Bene, un centre post-partum tout inclus offrant accompagnement 24/7 et soutien multidisciplinaire aux nouveaux parents.
Soutien aux programmes, First Peoples Justice Center de Tiohtià:ke / Montréal
Suraya Fustukian, 45 ans, vit actuellement sa périménopause. Entrée dans cette phase avec très peu de connaissances sur ce qu'elle implique réellement, elle consacre depuis plusieurs mois à s'éduquer sur les différentes façons de gérer et d'atténuer ses symptômes. La périménopause a profondément affecté sa vie conjugale et professionnelle, notamment en ce qui concerne la concentration et l'accomplissement de tâches qu'elle réalisait autrefois avec aisance. Elle croit fermement que les femmes méritent d'être mieux informées sur ces changements.
Une parole qui libère
Les panélistes ont pu partager leurs expériences et leurs connaissances, faire un retour sur le film projeté, répondre aux questions du public ou encore simplement les écouter, car l’objectif était aussi là : permettre d’offrir un moment où nous nous sentons libre de parler d’un sujet jugé tabou.
Les trois panélistes ont nommé ce que beaucoup portent seul·es : la misogynie systémique dans le milieu médical, qui maintient trop souvent les femmes dans l'ignorance de leur propre corps; les défis des personnes ayant vécu une hystérectomie, encore trop souvent réduites à leur capacité reproductive; et l'importance de s'approprier sa santé, même, surtout, face à un système trop souvent défaillant.
Des pistes concrètes ont aussi émergé. Sur le plan du suivi médical : surveiller régulièrement son cholestérol et sa tension artérielle, deux indicateurs qui peuvent évoluer significativement pendant la périménopause. Pour mieux naviguer le système : préparer plusieurs questions avant un rendez-vous, venir accompagné·e d'une personne de confiance, donner le ton dès le début de la consultation, et ne pas hésiter à consulter ailleurs si on ne se sent pas écouté·e. Le panel a également souligné l'importance de connaître les ressources adaptées à sa réalité, notamment les cliniques spécialisées disponibles pour les personnes autochtones.
La question du milieu de travail a aussi été soulevée, avec toute sa complexité : nommer ses symptômes, c'est risquer d'être perçu·e comme moins performant·e. Les taire, c'est laisser les inégalités se creuser dans l'ombre. Pas de solution simple, mais une réflexion collective qui ne peut plus attendre.
Une note sur le film
La transparence fait partie de notre façon de travailler, particulièrement en matière de santé. The (M) Factor 2: Before the Pause | Perimenopause organisée par Dignité Mensuelle fait un travail important en couvrant des sujets souvent absents des conversations sur la périménopause, et plusieurs éléments qu'il présente sont bien fondés : l'impact de la perte d'œstrogène sur la santé cardiovasculaire et osseuse, l'importance de l'entraînement en résistance et de l'exercice à impact pour la santé des os, le fait que le diagnostic de périménopause repose sur l'âge et la constellation de symptômes plutôt que sur un test unique, ou encore le lien entre la baisse d'œstrogène et le risque accru de maladies cardiaques et de troubles cognitifs.
Cela dit, certains passages méritent d'être abordés avec un regard critique. La thérapie à la testostérone est présentée avec enthousiasme comme traitement complémentaire, alors qu'elle n'est toujours pas approuvée pour les femmes et que les bénéfices à long terme restent à documenter. Les recommandations sur les suppléments, notamment le magnésium, la vitamine D, les vitamines B, le fer et les oméga-3, sont formulées de façon affirmative sans toujours mentionner les limites des données disponibles. Le film avance également que l'hormonothérapie pourrait prévenir les maladies cardiaques et la démence, ce qui va au-delà des usages actuellement reconnus. Enfin, si le film mentionne à juste titre l'importance d'un suivi de la densité osseuse, certaines recommandations comme les scans DEXA dès 40 ans dépassent les lignes directrices cliniques habituelles.
Tout cela n'enlève rien à la valeur du film. C'est simplement une invitation à l'aborder comme toute ressource sur la santé : avec curiosité, esprit critique, et en consultant un·e professionnel·le pour les décisions qui vous concernent. Notre panel était là précisément pour enrichir cette réflexion.
Une soirée qui crée du lien
En quittant la salle, les conversations continuaient, des contacts se sont créés. Un sentiment de compréhension et d'apaisement d'avoir enfin pu échanger avec des personnes qui nous comprennent et qui nous écoutent. Des gens qui réalisaient qu'ils et elles n'étaient pas seul·es. Des conseils partagés, des expériences mises en commun, des questions qui trouvaient enfin leur chemin.
Nous sommes profondément heureux·ses d'avoir pu organiser ce moment, et touché·es d'avoir rencontré un public aussi bienveillant et des personnes aussi inspirantes. Ces petits pas, une soirée, un panel, une conversation dans un couloir, comptent. Ils ouvrent des portes, créent des liens, et contribuent, doucement mais sûrement, à transformer la façon dont nous parlons de santé reproductive.