Sexagénaire jase pipi!

The Red Pen Collective | La Plume Rouge
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avril 1, 2026

Par Martine Lacroix

En juin 2025, le Courrier de Louise Deschâtelets, publié dans Le Journal de Montréal, nous informait de la naissance d’un “projet novateur pour les femmes de 55 et plus”, soit l’application mobile Oups! conçue pour traiter l’incontinence urinaire. Si je ne crois pas devoir m’inclure dans le “45% des femmes ménopausées” touchées par l’incontinence urinaire, je confesse cependant que, depuis un p’tit bout de temps déjà, je cherche un peu plus souvent les toilettes et cela … les pattes aux fesses!

Quelques mois plus tard, je fus agréablement surprise de découvrir qu’on jaserait pipi au Centre des femmes du Plateau Mont-Royal. Et qui animerait la conférence? La professeure Chantale Dumoulin, directrice du laboratoire Santé des femmes et vieillissement. Je n’étais certes pas la seule intéressée par ce sujet, avouons-le, tabou. En effet, le 9 octobre, la minuscule salle du centre était bondée.

Les fuites urinaires, s’il n’y a rien de pissant là-dedans, on peut parvenir à dédramatiser la situation en écoutant une conférencière qui cause de cette problématique sans gêne aucune et qui s’avère une excellente vulgarisatrice. Surtout, qu’on se le tienne pour dit, l’incontinence urinaire ne rime pas nécessairement avec fatalité.

Qu’ai-je appris par cet après-midi d’automne? Que les dames d’un certain âge, comme on nous désigne parfois avec, hum, une délicatesse un brin louche, ne devraient normalement pas avoir plus de 8 mictions en 24 heures. Et aussi qu’il est de bon ton que les pipis nocturnes se limitent au maximum à 2. De plus, quand notre vessie nous envoie un SOS parce qu’elle est sur le point d’exploser, il faut essayer tant bien que mal de la faire poireauter de 5 à 10 minutes en retenant notre urine. Comment? En songeant à autre chose! 

Existait toutefois une certitude, en plus de devoir me résoudre à muscler davantage mon hippocampe, j’ai pris conscience qu’il me fallait faire de même avec mon périnée. Sapristi! Mon profil urinaire n’avait décidément rien d’exemplaire. J’ai compris que pour présenter mon appareil uro-gynécologique aux olympiades pelviennes, je devrais m’astreindre à exécuter des exercices visant à retenir mon urine mais aussi … mes flatulences!

Renforcer mon plancher pelvien par cette gymnastique, c’est bien! Mais si je modifiais également mon mode de vie, ce serait encore mieux! Je n’aurai peut-être jamais à porter des produits pour fuites urinaires.  C’est qu’en plus de faire un gros trou dans notre tirelire, ces articles jetables sont nocifs pour l’environnement. Vous êtes probablement au courant qu’il existe des produits pour l’incontinence réutilisables. Certaines municipalités offrent même des subventions aux personnes qui désirent en acquérir. Si ceux-ci sont écolos, il faut néanmoins admettre qu’ils nécessitent un peu d’entretien. Je le sais car j’ai employé des serviettes sanitaires en tissu … pendant presque 25 ans!

Suite à cette conférence, j’ai réduit ma consommation de café, thé et tisane, substances fort diurétiques. Puis dès que mon souper est englouti, je mets désormais un frein sur la plupart des liquides.

Résultat? Les bras de Morphée m’étreignent désormais avec plus d’assiduité car je ne me lève plus qu’environ deux fois par nuit pour uriner. Sommeil de qualité égale moins de fatigue et de … mauvaise humeur! En réduisant mes escapades aux toilettes, j’estime même avoir fait un pied de nez à mes démangeaisons, euh, vaginales. Je m’essuie moins souvent … Entre vous pis moi pis la boîte à bois, quand ça nous pique à cet endroit-là et qu’on tente désespérément de ne pas se gratter par crainte de faire flamber le trésor enfoui au coeur de notre forêt magique, périr sur le bûcher telle Jeanne d’Arc ne nous paraît-il pas plus enviable?

Finalement, ça a l’air qu’un périnée en bonne forme contribue à une vie sexuelle épanouie. L’une de nos comparses a osé demander au professeure Chantale Dumoulin si cela s’appliquait aussi aux plaisirs solitaires … Réponse? Ouiiiii! Ne dit-on pas que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même …

Martine Lacroix, artiste et militante. Elle s’indigne entre autres contre les tabous. Rougir de honte en prononçant « pipi » et « menstruations » … c’est non! Agir plutôt que gémir … c’est oui! Une abeille qui œuvre en solo, c’est bien. Mais lorsqu’elle rejoint d’autres créatures de son espèce pour butiner alors, là, c’est l’orgasme!

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Cet article a été écrit de façon autonome par Martine Lacroix, membre du groupe d’écriture La Plume Rouge de Dignité Mensuelle.